Sous la terne lumière de sa lampe économique, son salon me happe. Parquet de chêne décati qui craque sous mes pas. Papier peint vert olive, décollé par plaques. Le canapé trois places en cuir vert bouteille, sans pieds, sillonné de rides profondes, déchiré en trois endroits comme des plaies ouvertes. Fauteuils Louis XV bordeaux en face, détonnant. Table basse en acajou et verre, magazines en tas, télécommande Thomson planquée. Portrait de cette ronde à la douche, fesses savonnées au gant de crin, accroché là depuis vingt ans. Odeur de vieux tabac et solitude.
J’entre avec la pizza chaude dans l’alu, manteau cachemire trempé de pluie froide. Il m’entoure d’un bras, je l’écarte doucement. Fille seule à la maison, je ne peux pas m’attarder. Mais mon cœur cogne déjà. Pantalon chamois marron serré sur mes hanches, chemisier jaune manches courtes, escarpins talons hauts. Il accroche mon manteau à la fenêtre sans rideaux. Propose un café. J’acquiesce, froid mordant dehors.
L’Approche
Dans la cuisine exiguë, machine à café sur micro-onde Ikea jaune. J’hésite. Dire non, partir ? Ou franchir ? Innocence ? J’ai Claude, la fille, Nicole qui guette. Mais curiosité me ronge. Cet homme, Jacques l’a vanté. Besoin de sentir autre chose. Toilettes, dis-je. Dans la salle de douche étroite, odeur de détergent frais. Miroir piqué. Je respire fort. Peau frissonne sous chemisier. Bas-ventre tiède. Bascule imminent. Je sors, parfum corsé pulvérisé, effluves flottent.
S’assois près de lui sur le canapé râpé. Enlève escarpins. Pieds nus sur table basse, ongles rouge foncé luisants. Il fixe. Je fixe aussi, attristée par ce vide. Il s’agenouille. Prend mon pied droit. Frotte doucement. Chaud. Frissons remontent mollets. “Magnifique, parfait”, murmure-t-il. Bouche sur gros orteil. Succion lente. Langue chaude, humide. Cœur tambourine. Nouveauté brute. Maladresse excitante. Lèche interstices, chatouille électrique. Remonte cheville, mollet. Buté sur pantalon.
L’Explosion
Tire les pans. Résiste un instant, puis aide. Élastique glisse hanches. Pantalon aux chevilles. Jambes blanches, brillantes. Paumes caressent cuisses. Tête entre. Langue genoux intérieurs. Goût frais, savon récent. Cuisses tremblent. Plus haut, culotte dentelle. Lèche tissu. Tire bas. Toison taillée net apparaît. Pointe langue dessus. Entre lèvres. Salé musqué. Odeur intime, enivrante. Jambes s’écartent seules. Enfonce langue. Appuie sa tête des mains. Gémis sourd. Bouche barbouillée. Accélère cercles. Jouit violent. Hanches ondulent. Vagues cognent ventre. Cris étouffés. Oreilles bourdonnent.
Éloigne tête, bouche endolorie. Doigte longuement. Doigts courbés dedans. Frottements intenses. Jouit encore. Corps secoué, sueur perle. Épuisée, ferme yeux. Pieds sur ses cuisses. Palpe entre jambes. Rien. Durcit pas. Souffle lourd. Remets pantalon. Peine. Cigarette. Tremblements. Larmes montent. “Anniversaire mariage”, chuchote voix brisée. Enlace. Lèvres sirote. Palpe encore. Vide. Lève. Sac main. “Va falloir y aller.”
Porte claque derrière. Escaliers sombres. Cœur ralentit. Corps changé. Plaisir premier pur, sans pénétration égoïste. Secret gravé. Nicole comprendra pas. Claude non plus. Moi seule, transformée. Innocence morte là, sur ce cuir vert troué. Adrénaline fond en chaleur douce. Revivrai ça seule, doigts entre cuisses, odeur persistante.